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RaccourciRoman : Raccourci

Episode 12

Je descendai dans la rue. Un fiacre mŽattendais. Noir, plutôt anthracite. De chaque coté, à lŽarrière, se trouvaient les armes de la famille de Guillaume. Je montais et le fiacre partai.
Tout en regardant les rues défiler, jŽessayais de mŽimaginer à quoi ressemblerait la maison de Guillaume. JŽétais troublé par la sobriété du carosse. Le velour des sièges était de bonne facture mais dŽun noir mat très simple. Les bois juste patinés. Pas de feuille dŽor, ni de bois précieux. La famille de Guillaume ne partageait vraissemblablement pas ses goûts. Tout comme moi, et bien quŽoriginaire de Paris, Guillaume ne vivait pas chez ses parents et je suppose quŽils nŽétaient pas plus souvent venus dans son appartement que ma mère chez moi.
Le carosse quittait maintenant la route et empruntait une allée de gravier au milieu dŽun parc magnifique. Je me reprochait ma rêverie, je nŽavais même pas vu la porte du parc. LŽentrée dŽune demeure en dit bien souvent plus sur ses habitants que ce quŽils veulent bien vous montrer ensuite.
Nous approchions maintenant dŽun batiment assez simple. Guillaume sortit et vint mŽattendre sur le perron. Mon coeur se mit à battre la chamade.
Comme tu me dégoutes, et commme tu mŽas manqué !
Un moment, son regard croisa le miens et bien que je sus quŽil ne pouvait pas me voir à lŽabris du carosse, je faillis mŽeffondrer.
Le carosse sŽarrêta. Je descendis tant bien que mal, tant mes jambes me semblaient en coton.
Il sŽapprocha de moi en souriant et mŽembrassa. A cet instant, la porte de fer, si épaisse et recouverte de serrures que jŽavais si obstinément essayé de dresser entre lui et moi sŽeffondra comme si elle fut en sable.
Il mŽentraina par le bras, son sourire avait disparu.
"Viens un instant, je dois tŽentretenir du duel."
Nous nous dirigeâmes vers un bosquet à lŽécart.
"Les témoins adverses sont ici, dit-il. Ils me proposent de présenter en privé mes excuses pour ma consuite. Pour tout le monde, ce vieux barbon déclarera que compte tenu de ma jeunesse, lŽincident est clos.
- CŽest inespéré, dis-je. Vous ne perdrez la face ni lŽun, ni lŽautre et tu évites un duel à lŽissue toujours incertaine.
- Je veux que tu refuses tout accord, tu entends ? rugit-il. Père les a invité à déjeuner. Il connait déjà lŽaffaire et voudra aller dans leur sens. Je ne parlerai pas. LŽaffaire doit dŽabord se régler entre les témoins qui doivent trouver un accord, proposé ensuite auc deux duelistes. Tu devras empêcher toute conciliation.
- Mais je ne te comprends pas, que veux-tu de plus ?
- Je veux faire ce duel !
Au début, je cru avoir mal entendu et lui fis répéter mais il me confirma sa décision. Son attitude était incompréhensible.
- Guillaume, penses-tu que ton honneur puisse souffrir de ne pas faire ce duel ? Un marché accepté devant témoins a autant de valeur et si Monsieur L. en dévoile publiquement les conditions, cŽest lui qui sera discrédité".
Les yeux de Guillaume sŽallumèrent comme deux flammes.
"Qui te parles dŽhonneur ? LŽhonneur est un outil pour tŽélever, il nŽest en aucun cas un but dans la vie. Nous parlons tous de vivre notre vie. Foutaises !
Pendant les quelques secondes que durera ce duel, alors quŽune issue fatale peut y mettre un terme à tout moment, je saurais enfin ce que vivre signifie !
- Et si tu meurs ?
- Je mourrai vraiment...car jŽaurais vécu avant !
Sylvain, me dit-il, si tu as la moindre amitié pour moi, fais ce que je te demande".
Je comprenais une fois de plus que Guillaume et moi ne vivions pas dans la même réalité. Cette pensée fut si douloureuse que jŽabdiquai.
"Je te donne ma parole".
Guillaume souris.
"Viens, rentrons. Je vais te présenter à ma famille. Mon père a hâte de te rencontrer. Il est rigide et ennuyeux mais je suppose que cŽest le rôle que doivent jouer tous les pères.
Nous montâmes les marches du perron. La maison était assez commune avec ses fenêtres donnant sur le jardin , lŽescalier monumental à gauche permttant dŽaccéder à lŽétage, et le grand salon à droite.

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