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Un amour blessé : avant propos

JŽavais remarqué au dessus de lŽarmoire, un jeu de monopoly qui devait être là, inutilisé, depuis au moins 10 ans. Je pris la décision de faire ce que toute personne fait régulièrement et que par négligence jŽavais omis depuis si longtemps.
Recompter les billets pour voir sŽil en manquait.
LŽarmoire est grande, et en tatonnant pour attirer la boite à moi, jŽai vu tomber les maisons, les billets, le plateau, finalement moi même, et une étrange enveloppe.
Je lŽouvrais, intrigué, et trouvais à lŽintérieur ce qui devait être mon premier essai dŽécriture de plus de 15 mots. Il sŽagit dŽune nouvelle que je devais appeler à lŽépoque "roman dŽamour".

Ami lecteur,
JŽai décidé de recopier le texte tel quelle, sans changer une seule virgule. ( JŽaurais aimé corriger au moins les fautes dŽorthographe, mais de ce coté, je crois que rien nŽa changé ). Je ne lŽaurais pas écrit ainsi aujourdŽhui.
Pardonne donc le style gauche et la révolte rentrée de ce jeune homme de 20 ans que je ne suis plus mais que jŽaime toujours.

Un amour blessé

31 décembre 1988. Comme tous les ans, les anciens dŽH.E.C se réunissent dans cette ambiance ringardo-poisseuse quŽils adorent. La maitresse de maison, dont le mari se lance dans la politique, sŽaffaire à enduire ses invités du miel de son hypocrisie malsaine.
- Tiens, vous nŽavez pas changé de voiture cette année ? Vous avez raison, en ce moment il fait investir dans les antiquités.

Nous retrouvons dans cette soirées nos deux héros guimauvissimes. Lui, cŽest André. Elle, cŽest Pauline.
Comment cette superbe créature a pu sŽenticher de cet être dont le physique se résume à une énorme verrue sur la joue gauche, cŽest ce que nous allons demander à notre héroine.
- André mŽa tout de suite attiré par sa gentillesse, son esprit et surtout son équilibre mental, tellement rare dans le milieu que je fréquente. Tenez, écoutez ce crétin de Dumoulin !

Pour nos lecteurs, Dumoulin est le mari de la mièlasse hypocrite.
- Oui, je me lance dans la politique. JŽai lŽintime conviction d epouvoir sortir la France du mauvais pas dans lequel elle sŽest fourrée. Mon parti, le parti Néoringuard Post-Classique Moderne Unifié est le seul capable de lŽimmobiliser suffisament pour lŽempécher de régrésser. Pour résumer, je pense quŽil faut une élite, et des pauvres tellement pauvres quŽils ne puissent tomber plus bas.
La soirée sŽannonce écoeurante. Laissons nous errer au milieu des invités.
- Mes félicitations André. Ta nouvelle conquête est superbe.
- Je sais Paul. Je me demande ce quŽelle fait avec moi.
- Ta verrue te complexe encore. Je croyais ton analyse finie.
- Non, mais il ya un progrès. Je ne parle plus à ma verrue en public et je ne lui confie plus mon Argent.
- Mmmh ! CŽest un progrès. Il ne faut pas maltraiter lŽArgent.
- Pourquoi mets-tu une majuscule à Argent ?
- Et toi ?
Un malaise sŽabattit. Il ne fallait jamais rigoler avec lŽargent. Pour eux, cŽeut été comme si le pape se moquait de Dieu.
- Paul, André, comment allez vous les ratés ?
- Salut Jack.
- Ecoute Jack, cŽest pas parce que tu gagnes plus que nous, quŽil faut sans cesse nous humilier.
- Calme toi André.
- Venez, nous allons voir ma nouvelle Ferrari.
- On sŽen fout, repris Paul, dŽabord tu tŽappelles pas Jack mais Jacques.
- Menteur !
- Menteur toi même !
- Menteur toi même, toi même !
- Toujours un toi même de plus que toi !
André se demandait ce quŽil faisait ici. Il avait pris lŽhabitude de venir ici tous les ans, comme les autres.
- Quand on était à lŽI.U.T, jŽavais toujours un point de plus que toi en économie.
- Menteur
- Menteur toi même
Pourquoi était-il allé en HEC. Pour lui vivre cŽétait les voyages, la liberté, lŽaventure.
- NŽempêche que jŽétais meilleur en compta.
- Même pas vrai.
- Si
- Non
Mais voila, il sŽétait laissé entrainer par la vie. Et maintenant, il était prisionnier de son train-train. Il était trop tard pour changer.
- Menteur.
- Fayot
- Oh !
Bien sur, ils avaient tous été des fayots durant leurs études.
Mais ils nŽaimaient pas lŽadmettre.
- Messieurs, dit André, ce soir est un soir de fête. Serrez vous la main et cessez de vous disputer. Habitués à retourner leur veste, les hommes sŽexecutèrent en imaginant déjà le moyen quŽils auraient de se venger Žlun de lŽautre.
André cherchait Pauline du regard. Il avait toujours peur de la perdre.
- Alors, renchérit Paul, comment lŽas tu rencontré ?
- Comme dŽhabitude, boite-de-nuit-dernier verre-première nuit. CŽétait lŽété dernier.
Le soir on allait courrir sur la plage, comme dans les films.
- Vraiment ringard.
- Venant de toi, cŽest un compliment. Enfin voila, ça va faire cinq mois maintenant.
Et jŽai toujours peur de la perdre.
- A cause de ta verrue
- Oui
- Mais, sortit Jack de sa réserve, pourquoi ne la fais tu pas enlever ? Il y a là ce
soir un médecin que je connais bien et qui pratique souvent ce genre dŽopération. Viens, je vais te le présenter.
André se laissa entrainer. Après tout cŽétait peut être la solution de tous ses problèmes.
- Salut Antoine
- Oh Jacques, comment ça va ?
- Jack, je mŽappelle Jack. Permet moi de te présenter André Dumol.
- Bonsoir Anedrey
- Non, non, moi cŽest André.
- Excusez moi, avec cette mode idiote de lŽaméricanisme, je ne sais plus où jŽen suis.
- Y a pas de mal.
- Voila, repris Jack, ou Jacques, cŽest comme vous voulez, André aimerait savoir sŽil est possible de lui enlever sa verrue.
- CŽest vrai, elle est vraiment infecte.
- Alors, coupa André un peu trop séchement. Il nŽaimait pas que lŽon parle ainsi dŽelle. Après tout, elle faisait parti de lui.
- CŽest tout à fait possible. Je pourrai vous voir demain.
- Pas de problème. Attention, voila Pauline. Surtout ne lui dite rien.
- Ah André, je te cherchais. JŽavais envie de danser avec toi.
- Je te suis. A demain Antoine.
- A demain.
Antoine regarda André partir au milieu des effluves de parfum qui émananaient
de sa femme. Ce type était vraiment un veinard.
- Jack, tu donneras mon adresse à André. Je pars.
- Attend, tu nŽas pas vu ma dernière Ferrari !
Antoine préféra se taire. Il parti sans se retourner. La soirée fut aussi plate
que prévu et Jack nŽeut aucun mal à donner lŽadresse dŽAntoine à André pendant
quŽil parlait à des gens qui ne lŽintéressaient pas.
Quand ils furent rentrés chez eux, Pauline demanda :
- Qui était ce type avec lequel tu parlais ?
- Lequel ?
- Tu sais, celui avec qui tu parlais quand je suis venu te chercher pour danser.
- Ah oui ! Bof, je ne mŽen rappelle plus.
André sourit et sŽendormit en pensant à la surprise quŽil ferait à Pauline.
Le lendemain, André pretexta une grippe et nŽallat pas travailler. Dans sa profession, il nŽy a que des battants, et son patron se dit que ce devait être sérieux. A 10h, André était à lŽhôpital. Antoine lŽattendait dans son bureau.
- Salut André, en forme ?
- ça va, ça va !
- Alors, tu es bien décidé. Parce que des fois, les gens regrettent.
- Je suis décidé.
- Alors installe toi là. Je regarde ta verrue.
Le regard exercé dŽAntoine le scruta quelques minutes, puis il dit :
- Il ne me semble pas quŽil y ait de problème. Ecoute, ce matin je nŽai pas
le temps, mais si tu viens à deux heures, je peux te lŽenlever.
A 2h, André était à lŽhôpital. Antoine lŽattendait dans son bureau.
- Salut André, en forme ?
- Dis, on ne va pa répéter la scène de ce matin !
- Tu as raison. Installe toi là. On y va !
Pendat un temps qui parut interminable à André, les mains dŽAntoine sŽagitèrent
autours de sa verrue. Puis celui-ci finit par lui faire un panssement et dit :
- Voilà, dŽici deux semaines tu pourras te passer de pansement. En attendant tu
en changeras tous les jours et tu mettras de cette poudre sur la plaie.
- Ca ne risque pas de revenir ?
- Si tu suis ces indications, il nŽy a aucun risque.
- Tu ne peux pas me donner ma verrue ? JŽaimerais lŽenterrer.
- Allons, André, ne fais pas lŽenfant.
- SŽil te plait.
- Non, non et non ! Elle est à moi maintenent, à moi !
Sur le retour, André se sentit plus seul quŽil ne lŽavait jamais été.
Que de sacrifices il faut faire quand on aime.
Ce soir là, Pauline sŽalarma.
- QuŽest-il arrivé à ta verrue ?
- Heu, je me suis cogné..oui, cŽest ça, je me suis cogné et jŽavait peur quŽelle sŽabime
- Ha bon !
Dans les jours qui suivirent, leur rapports devinrent plus froids. Elle ne lui
repprochait rien, mais sa conversation tendait vers le silence absolu. Même ses
reniflements naguère assez énerva,t, devenaient plus discrets. André décida de
demander conseil à Antoine et lui téléphona.
- Je ne sais plus quoi faire. Elle doit se douter de quelque chose, elle doit
croire que je lui ment.
- La croute sŽest elle fermée ?
- Oui.
- Le mieux à faire est de tout lui expliquer. De toute manière, tu nŽas plus
besoin de mettre un pansement maintenant.
- Merci !
André attendit le soir avec anxiété. Quand je lui aurais tout dit, nous serons
de nouveau heureux, comme avant.
Le lendemain, il téléphonait de nouveau à Antoine.
- Alors ?
- Ca a été terrible. Elle a dŽabord demandé ce qui était arrivé à ma verrue.
Je lui ai tout expliqué. Mais elle nŽa rien voulu savoir.
Elle a dit que je nŽétais plus le même.
André se mit à sangloter. Il émaittait un gargouillis semblable à une chasse
dŽeau se remplissant.
- Ecoute André. Tu vas me lŽenvoyer. Elle ne me connait pas moi, elle mŽécouteras !
- DŽaccord.
Le soir même, André proposait à Pauline dŽaller voir Antoine. Elle crut dŽabord que cŽétait un psychanaliste et accepta. Elle avait grandi avec les psychanalistes. Toute petite, elle avait souvent joué dans la salle dŽattente de ceux de ses parents. Puis, elle même en avait eu un. Elle accepta la proposition dŽAndré. Et le lendemain...
A 10h, Pauline était à lŽhôpital. Antoine lŽattendait dans son bureau.
- Salut Pauline, en forme ? Dites donc, vous êtes ponctuels dans votre couple.
- Et vous, vous nŽêtes pas original dans vos lieux de rendez-vous.
Ils éclatèrent dŽun rire complice.
- Ainsi, vous êtes psychanaliste ?
- Pas du tout, je suis généraliste. JŽai enlevé la verrue dŽAndré à sa demande, répondit Antoine, à qui Pauline plaisait de plus en plus.
Le soir, elle fut de très bonne humeur; Mais au fils des semaines, André sŽaperçut que Pauline lui échappait. Elle voyait de plus en plus souvent Antoine, et de plus en plus longtemps. Ses visites pouvaient durer plusieurs jours. Il commença à se douter quŽil se passait quelque chose et alla se documenter à la bibliothèque nationale.
CŽest dans la grande Encyclopédie Arlequin de lŽamour quŽil trouva la solution.
Antoine. Antoine, le médecin aux temps argentées artificiellement depuis lŽage de 20 ans, au teint toujours halé. Dans un livre dŽamour, Antoine aurait été le héro idéal. Or, André le savait, ils étaient dans un roman dŽamour. Le soir même, il décidait de parler à Pauline.
- Pauline, je sens que notre couple se déchire.
Elle ne répondit pas, son regard se porta sur le plancher.
- Tu me trompes avec Antoine, avoue-le !
Elle leva la tête, elle le regarda, boulversée, dans les yeux.
- Comment le sais tu ?
- Facile, hé, jŽsuis un malin... Pourquoi ? se ressaisit André.
Pourquoi ? QuŽa-t-il de plus que moi ? Même nos prénoms commencent par
la même lettre !
- Je vais partir André.
- Mais pourquoi ?
Pauline éclata en sanglots et hurla :
- Tu ne comprend pas que cŽest ta verrue que jŽaimais !
Elle se dirigea vers lŽarmoire.
- Que fais-tu ?
- Je fais ma valise !
André sentit lŽaffolement lŽenvahir. Tout était de la faute de ce docteur.
Il bondit vers les escaliers.
- Ou vas-tu ?
- A lŽhôpital !
Pauline blémit. Allaients-ils se battre ? André était capable de tout dans son état, même de tuer.
Tout en courant, André se disait :
"Peut être Antoine a-t-il gardé ma verrue à lŽhôpital, peut être quŽen arrivant à temps je pourrai la récupérer. Alors, nous serons de nouveau réunis."
Son sang battait dans sa temps, son souffle devenait de plus en plus court.
Mais indifférent à son environnement, André continuait sa course vers lŽhôpital.
Il se fit écraser à lŽangle du boulevard St Honoré.

FIN

Commentaires

Par NatuicyIrrity le 2008-02-08 15:37:29
Hello!
Nice site ;)
Bye
Par younouss le 2006-08-13 17:39:02 , Site
ok merci

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