Roman : Raccourci
Episode 10
Ce matin je me suis levé fatigué. Hier soir, pour une fois je me suis couché tôt, mais sans doute par manque d´habitude, j´ai eu des difficultés à trouver le sommeil. Quel ennui de trainer ainsi dans ma chambre. Toutes les cinq minutes une pulsion me prenait et je me levais pour partir, inventant n´importe quel prétexte. Puis la raison me revenait et je me recouchais. J´avais presque l´impression que je n´étais plus moi pendant quelques instants.J´écris ces lignes à la va-vite car je vais bientôt partir pour chez Guillaume et j´ai besoin de raconter mon étrange journée.
Il était dix heures du matin et je ne savais toujours pas comment m´habiller ce soir.
Ces derniers temps je portais plusieurs gilets de couleur, c´est à la mode chez tous les jeunes gens, mais je décidais de rester sobre pour cette soirée.
Les pensées se bousculaient dans ma tête.
"Un costume bien sur. Mais pour le bas, je mettrai un de ces pantalons de campagne que l´on trouve dans une petite boutique anglaise du quartier latin. Oui, je mettrai ce pantalon couleur de vieil ivoire. Une veste foncée. Un foulard blanc à motifs verts. Après tout, je suis jeune, et il faut que je montre à Guillaume que je n´ai pas besoin de lui pour savoir m´habiller, tout en ne choquant pas sa famille que je ne connais pas.
Non, cela sera peut être exagéré. Un simple habit noir, que je rehausserai de mon foulard gris perle. Un haut de forme et des bottines de cuir noir. Pour le gilet, quelque chose de sobre."
Je sortais mon gilet blanc. Neutre, avec juste un léger motif piqué à l´envers, qui n´apparait que lorsque la lumière vient frapper le gilet sous un certain angle.
Je le posais sur le lit et je fut pris d´un malaise que je m´expliquais vite. Sur l´arrière du gilet, il y avait une anicroche. Bien sur, une fois que je gilet serait dans mon pantalon, cela ne se verrait pas, mais il n´était pas question que je sorte en sachant que je n´ai pas tout fait pour être parfait pour ce diner.
J´aurais bien demander à ma logeuse si l´on peut faire quelque chose, mais cela équivaudrait à aller dans sa loge pour lui demander quelque chose qui n´est pas dans ses attributions. Et dans sa loge se trouve Marcel. Cette pauvre veuve qui clamait sans cesse sa fidélité à son mari mort, s´est entichée de cet homme gras et grossier.
Il était vitrier et vit maintenant dans la loge. Prétextant je ne sais quelles douleurs, il a arrêter de travailler et passe son temps à regarder les femmes passer, en buvant du vin.
A part ça, c´est un bon bougre, mais il a tendance à parler fort. Face à lui, j´ai l´impression de me retrouver petit enfant face à mon beau-père, le général.
C´est une honte qui me transperce le coeur, mais malgrès mon apparente confiance, au moindre conflit, je rampe et j´essais de m´attirer les bonnes grâces de mon opposant. Je m´abaisse parfois tellement que je sens l´incompréhension dans les regards. C´est ainsi que je faisais enfant, car mon beau-père était coléreux et que je ne pouvais pas discuter. J´avais trouvé qu´en étant un enfant bien sage, je pouvais plus facilement obtenir ce que je voulais. Aujourd´hui, je continue mais le remord me ronge le coeur à chaque fois. Non, je ne me sens pas d´affronter Marcel. Quand je serai prêt.