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RaccourciRoman : Raccourci

Episode 7

Guillaume se retourna, visiblement de bonne humeur.
"Mon bon Sylvain, dis moi, que remarques-tu depuis un moment ?
- Et bien, les rues sont plus sales, la plupart ne sont dŽailleurs pas même pavées.
- Et sur les gens que nous avons croisés ?"
Je réfléchis un instant, puis devinant sans doute ce quŽil attendait je répondit :
"Et bien, nous avons croisés des gens du peuple, ils sont vêtus pauvrement, certains ont même lŽair sales. Les enfants jouent par terre, beaucoups sont morveux....
- Ha ha, on dirait que tu aimes les romans de ces nouveaux écrivains naturalistes. Non, mais à part les enfants, nŽas tu rien remarqué de spécial sur les gens que nous avons rencontré ?"
Cette fois-ci je mŽobligeais à me concentrer et revoir la liste de nos rencontres. Je réalisais soudain :
"Il nŽy avait presque que des femmes !"
Guillaume sourit satisfait.
"Très bien mon ami. Maintenant dis moi ce que tu sens.
- Une légère odeur de puanteur ? "
Je savais que jŽavais répondu trop vite et que ce nŽétait décidemment pas ce que Guillaume attendait. Je me concentrais et sortais :
" Cela sent une odeur de mon enfance. LŽodeur des pierres lorsquŽon les jette sur des rochers pour essayer de les casser.
- Tu as raison. La puanteur de Paris nŽa pas encore endormis ton odorat. Cette odeur mon cher Sylvain, cŽest lŽodeur de la ville qui engloutit la campagne. Nous sommes dans les faubourgs, et ici les travaux sont permanents pour faire de Paris une ville digne de ce nom. De larges rues sont creusées, des quartiers entiers détruits et le peuple, telle la première vague dŽun raz de marée, est rejetté vers la périphérie, qui deviendra bientôt elle-même partie entière de la ville. Mais continue ton analyse et dis moi si tu ne sens pas encore quelque chose qui flotte ?
- LŽodeur de lŽalcool."
En répondant je mŽaperçus que cette odeur ne nous avait pas quitté depuis que nous étions entrés dans les faubourg.
"Exact, répondit Guillaume. Et sais-tu pourquoi ? Parce que cŽest lŽheure où les ouvriers ont fini lŽembauche. Chaque quartier a son bistrot où chacun va se saouler dŽalcool après sŽêtre saoulé à la tâche. Les femmes que tu as vu essaient dŽintercepter leur homme pour récupérer sur le maigre salaire de quoi acheter à manger. Mais ce soir, bien peu dŽenfants mangeront. CŽest ça, Sylvain, le peuple dont tu attends quelque chose ? Crois-tu vraiment que le progrès peut quelque chose pour eux ? Tout ce que le progrès trouvera, cŽest quelque chose de plus fort que lŽalcool pour les abrutir. Regarde à travers les vitres de ce café. Regarde les. Sont-ils vraiment des humains ? Sont-ils simplement des morceaux de la grande machine qui construit la ville ?
- Arrête Guillaume. Tu ne peux pas dire ça. CŽest la misère qui les rend ainsi. Quel homme pourrait vivre ainsi. ils boivent pour ne pas voir le monde qui les entoure.
- Je vois que tu as bien appris la leçon du parfait humaniste de société. Nous, nous sommes humains, mais pas eux. Ils font dŽailleurs pire que les bêtes, suis moi."
A contre-coeur, je suivis Guillaume. Je pressentais une abomination mais je ne pouvais mŽen empêcher, le besoin dŽhorreur était maitre de moi. Guillaume semblait chercher quelque chose. Il avisa une vieille femme avec une enfant. LŽenfant devait avoir moins de 10 ans. Guillaume lŽaborda :
- Bonjour madame. Pourriez vous sŽil vous plait nous laisser faire un petit tour avec votre fille.
La femme leva mollement la tête. Elle était décharnée et son oeil était enflammé de la folie quŽapporte lŽabsinthe.
- Vous êtes de bien beaux messieurs. Je sais bien ce que les gens comme vous font aux enfants. Assez dŽhistoires courent les rues. Croyez vous vraiment que le peuple soit le vivier de vos turpitudes. Partez, laissez nous ou je crie et vous passerez un mauvais quart dŽheure.
Ce que fit Guillaume me donna la nausée. Il tendit une pièce dŽor à la femme et dit :
- Madame, je vous assure que tout ce que nous voulons cŽest que votre fille nous guide dans le quartier.
La femme regarda la pièce. Son oeil semblait se voiler par intermitence, comme si deux esprits se livraient bataille dans son corps. Des larmes roulèrent sur ses joues. Elle crachat par terre, pris la pièce et dit à sa fille
"- Marie, suis ces messieurs et fais bien à ce quŽils te disent."
La filette regarda sa mère, refoula un sanglot puis suivit Guillaume comme une automate. Ses yeux était vides, comme si elle était prête à ne pas vivre les moments qui allaient suivre. JŽemboitai leur pas. Le sang battait mes tempes. JŽétais désemparé. Nous tournâmes à lŽangle de la rue. Guillaume sŽagenouilla face à la fillette, lui donna quelque pièces et lui dit :
- Merci de nous avoir accompagné. Ne parle pas à ta mère de cet argent. Maintenant, file !
La fillette sembla se réveiller, nous regarda tout deux, tourna les talons et parti en courant.
Je mŽeffondrai.
- Mais que voulais tu prouver ?
- Ces gens vendent leurs enfants Sylvain. Et dŽautres se font payer pour en enlever.
- Mais qui fait ça ?
- Les libidineux pour se soulager ou bien les satanistes, car ils ont besoin dŽenfants pour les sacrifier.
JŽeus un bref éblouissement, puis je me relevai et jettai à la face de Guillaume :
- Tu est content ? Tu te suffit de cette idée, quŽils ne sont pas des hommes parce quŽils vendent leurs enfants ? Mais alors, que dire de ceux qui les achètent et qui font parti de notre monde ?
JŽavais envie de vomir et je mŽenfuis en titubant, insensible aux appels de Guillaume.

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