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RaccourciRoman : Raccourci

Episode 5

La scène semblait s´être figée. Tous étaient tournés vers deux personnages et semblaient retenir leur respiration. L´un d´eux était Guillaume. Il tenait ses gants à la main et ses yeux brillants de défi semblaient vouloir transpercer son vis à vis. Dans un souffle je demandais à Mme de N :
"Qui est cet homme face à Guillaume ?
- Vous ne le connaissait pas ? Il s´agit de L."
Comment pouvais-je ignorer qui était cet homme ? Pour nous tous, c´était un guide, et une légende.
Pour ma génération, les perspectives d´avenir étaient terriblement ennuyeuses. Des études, un mariage, puis la plupart du temps un emploi sans intéret, ou pire, la direction de l´affaire familliale. Voila ce qui nous attendait.
On pouvait, bien sur, trouver l´aventure dans des contrées exotiques, qui réclamaient des hommes jeunes pour se développer, mais bien peu osaient franchir le pas.
Mais L. par ses écrits nous racontait que nous étions tous des aventuriers du quotidien. Que l´exaltation face à la nature était la même en Afrique et en pleine forêt Française.
Que celui qui savait rester droit et digne à tout heure de sa journée valait bien un découvreur de monde et que les pires défaites d´un homme étaient ses renoncements quotidiens.
Tout à mes pensées, je ne m´étais pas aperçu que je m´était approché des deux hommes jusqu´à entendre L. déglutir. Ensuite il dit simplement :
"Je pense que vous me laisserez le choix de la date.
- A votre grès, répondit Guillaume".
Il m´attrapa par l´épaule, comme s´il avait deviné ma présence, et rajouta :
"Voici mon témoin. Dites moi quand les votres passeront chez mon père afin qu´ils s´occupent des détails. Je suis rassuré de voir que vous êtes finalement fidèle à ce que vous écrivez. Peut être l´un des seuls de cette noble assemblée".
Sur ce, Guillaume tourna les talons, se dirigea vers Mme de N, qu´il salua, puis vers la porte.
Je fis de même, tout en promettant à Mme de N de me représenter dans son salon le plus rapidement possible, et je m´engoufrais à la suite de Guillaume. J´étais, pour la première fois de ma vie, complètement affolé.
Je le rattrapais rapidement. Il marchait vite, tendu par la colère, et j´avais du mal à rester à ses cotés. Il fallait que je sois sûr :
"Guillaume, ne me dis pas que tu l´as provoqué en duel.
- Tous ces beaux parleurs de salon. Il est temps qu´ils accordent leurs écrits et leurs vies."
Il se tourna vers moi et ralentit, retrouvant cet air nonchalant qu´il affectait toujours.
"Mais enfin Guillaume. Un duel ! Au XIXeme siècle ! C´est interdit. Que tu gagnes ou que tu perdes, tu auras des ennuis.
- Crois tu que les duels aient cessés ? Cet homme est un imposteur. Il parle de choses qu´il n´ose pas vivre.
- Mais est-ce une raison pour le provoquer en duel ?
A ce moment, je réalisais que c´était le première fois que j´émettais une opinion critique sur mon ami.
Guillaume me regarda et répondit :
"De quoi as-tu peur ? Que je meure ? Que je perde la face ? As-tu déjà réfléchi a ce qui était important dans la vie. Sais-tu que la plupart des gens ne font qu´exister ? L´humanité est composé en grande partie de poupées de chiffon. Les hommes ne forment qu´une infime minorité.
- Comment oses-tu dire ça ?
- Tu crois que ce salon ou que ta bastide provençale représentent le monde. Suis moi et je te montrerai ce qu´est vraiment l´humanité".
Il était tard, j´avais froid et j´avais raté mon entrée dans le cercle Parisien, mais mes sens étaient troublés et dans mon regard de défi, Guillaume compris que je le suivrai au bout du monde.

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