Roman : Raccourci
Episode 3
Ce matin, il pleut. Une petite pluie fine que jŽai découvert à Paris. Chez moi en Provence, les gens sont à lŽimage du temps, en quelque minutes un orage peut noyer un champs, puis laisser apparaitre le soleil une heure après.Ici, les pluies sont longues, peu fournies mais pénétrantes. Elles usent les tempéraments les plus résistants. JŽai dŽailleurs remarqué que les hommes du peuple, sŽils vivent jusquŽà un age avancé, semble avoir les yeux aussi délavés que leurs costumes. Ils
marchent courbés, comme si leurs épaules étaient allourdies par le poids de lŽeau de ces années de pluies et quŽelles ne devaient plus sécher.
Mais trêve de parenthèses, je suis près de la fenêtre, les gouttes glissent sur la vitre, jŽai fait allumer le poêle de ma chambre et il faut que je me dépêche de noter mes souvenirs de la soirée dŽhier soir avant de les oublier.
Guillame est venu me chercher à huit heures. Je lŽattendais en fait depuis un moment, dans le plus beau costume que je possédais et que Maman mŽavait fait faire exprès en prévision de ma montée à Paris.
Lorsque Guillaume est entré, il mŽa regardé, a esquissé ce sourire dŽhomme que rien ne touche jamais, a ouvert une valise quŽil avait amené et mŽa demandé de me changer.
JŽavoue avoir été vexé. Mais il mŽa fait remarqué quŽil était connu et quŽun tel compagnon pouvait porter atteinte à sa réputation dŽesthète.JŽendossais donc ses habits de peur quŽil ne veuille mŽemmener avec lui. Son costume était dŽune légèreté incroyable. Je réalisais une fois de plus que je ne connaissais rien à rien. Il me parlait de tissus dŽIndes, de repassage à la presse réalisé par un couturier utilisant un mécanisme romain, de dentelles du prix dŽun diamant et moi je ne pouvais que contempler la manche de ma veste dont les couleurs changeaient à chaque mouvement de mon bras.
Son carosse nous attendait en bas. Sur le chemin il mŽaspergeat dŽun parfum quŽil avait réaliser à mon attention et qui mettrait en valeur mon caractère.
Nous ne faisions que partir et jŽétais déjà abasourdi.
Lorsque nous arrivames chez Madame de N, le bruit ambiant mŽexcitat tout autant quŽil me terrorisa. Je ressentais le trac du comédien qui connaissait son texte mais craignait de lŽoublier au moment où il ouvrirait la bouche.
La réunion proprement dite avait lieu dans une pièce assez vaste. La plupart des gens étaient debout. Dans un angle, quelques femmes assises, fumaient en défiant la foule du regards. Guillaume mŽen avait parlé comme des femmes libres. Pour moi ces femmes qui
prenaient la pose pour qui les regardait étaient bien loin dŽêtre libre.
Peut-on être libre si on dépend des autres. Je gardais ces pensées pour moi et continuais à le suivre.
Nous nous retrouvâmes bientôt face à une dame en robe a tules blanche. Elle était assez empatée et dŽun age avancé. Ses joues étaient grasses et sa bouche semblait prête a donner ou recevoir un baiser. Ses yeux globuleux semblaient suivre quelques mouches pour les gober. Pour être franc, je la trouvais un peu repoussante.
Guillaume sŽinclina puis lui fit un baise main. Il se tourna vers moi et dis :
"Madame, je vous présente Sylvain Fabre dŽEntresangle. Je sais que vous aurez à coeur de bien vouloir le guider dans ses premiers pas dans le grand monde"
Sur ce, il sŽinclina, tourna les talons et me laissa là, face à Madame de N qui tournait vers moi un visage plein de bonté.