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RaccourciRoman : Raccourci

Episode 2

Cela fait quelque temps que, contrairement à la promesse que je mŽétais faite, je ne touche plus à ce journal.
Ma vie a tellement changé. JŽétais larve, je suis papillon.
Maman mŽa trouvé une pension agréable tenu par une vieille dame charmante et qui sŽoccupe de tous les soucis matériels, me laissant libre au dessus des contraintes du quotidien.
Les cours à la faculté ont commencé, mais comme tous les étudiants de Paris, ils ne sont quŽun alibi me permettant de vivre les expériences nécessaires à un jeune homme.

Je me suis lié avec un garçon plus agé que moi, Guillaume de Vernal , qui me fait profiter de son expérience de la capitale.
JŽai de suite été attiré par sa tenue et son maintien. Lorsque je me regarde dans la glace, je ne peux mŽempêcher de voir le provincial frais sorti de sa campagne. Peut être est ce déjà son influence qui me permets de me voir ainsi. Guillaume lui est un dandy. Il est naturellement beau, son regard perçant semble voir au dela de vos yeux. Et ses tenues, ses tenues surtout, sont tellement recherchées; le mélange des styles à la fois extravagant et si terriblement précieux, quŽil ne laisse personne indifférent, et lui vaut déjà une réputation dans tous les cercles étudiants de la capitale.
On raconte même quŽil aurait une maitresse, femme mure qui le couvrirait de cadeaux, mais il ne mŽen a jamais parlé.
JŽai la chance quŽil mŽait prit en sympathie. Je ne pense pas être particulièrement cultivé, ni vif dŽesprit, mais jŽai lŽimpression que mon bon sens terrien et mes gaucheries en société lŽamusent.
Il me traine partout avec lui et je découvre un monde que je nŽaurais pu imaginer. JŽai dŽabord essayé les bars ou les étudiants se rassemblent et sŽaffrontent en joutes verbales dont seuls les plus érudis peuvent espérer sortir vainqueurs.
Puis nous sommes allés dans des salles de jeux. JŽai vu de jeunes gens gagner et perdre des fortunes en une nuit avec la même indifférence. Dans cette capitale qui a lŽair si frénétique le jour, la maitrise de soi semble la règle la nuit.

Ce soir, à ma demande insistante, Guillaume me présentera au salon de Madame de N. Je mets uniquement les initiales sciemment, ne sachant pas qui lira ce journal.
CŽest pour moi un rêve qui se réalise. Il y aura bien sur des gens du monde, mais surtout, jŽai espoir de rencontrer des hommes de plume, comme ceux dont je lisais les feuilletons dans la Revue des Deux Mondes, que je dévorais en cachette lorsque je vivais à Aix.
Je me rappelle un jour avoir voulu partager un poème de ce monsieur Baudelaire que jŽapprécie tant avec le Général, mon beau père.
Il avait commencé à lire des yeux le poème et son visage était devenu blanc comme de la craie. Il mŽavait regardé dŽun regard dur et faisait visiblement des efforts pour ne pas exploser. Il sŽétait levé, avait jeté la revue chérie dans le poêle et mŽavait simplement dit :
"Je ne veux plus jamais voir ce tas dŽinsanité sous mon toit".
Ce soir, ce soir, sera peut être le plus beau soir de ma vie.

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